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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 14:56
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On le sait, il y a toujours quelques célébrités pas très loin de chez soi. Parfois médiatisées, parfois mystérieuses et discrètes. A Saint-Gervais-sur-Mare, rencontre avec Pierre Della Torre. Ambiance...

 

Tout le monde en parlait, de cet homme installé au village depuis 2014, qu'on savait artiste. Qu'on n'osait approcher aussi. Il venait d'acheter une vieille et grande maison, d'ailleurs toujours en pleine rénovation, et pas n'importe laquelle : la maison où vécut Désiré Garel, ancien maire de Saint-Gervais, décédé après avoir fêté ses cent ans. A l'arrière de cette demeure se dresse, dans le jardin attenant, un colombier mille fois photographié par les gens de passage, bien visible depuis le pont qui enjambe le Casselouvre.

 

La porte s'ouvre dans la rue de Villeneuve. Là, surprise. Que dire : époustouflant, suffocant ! Cette maison style Renaissance, que tout le monde ici connaissait peu ou prou, a été transformée. Transformée, oui, tout en restituant son origine ! Des murs ont été tombés, les façades décroûtées, laissant apparaître de véritables trésors d'architecture. Ici une meurtrière, là un blason énigmatique. Emerveillement pour les yeux et l'appareil photo qui crépite. Qui aurait pu tomber amoureux de cette maison à la tour ? Un nommé Pierre della Torre, ça coule de source !

 

La rénovation de cette demeure fut un travail de titans. Deux maçons du secteur oeuvrent toujours intensément et minutieusement depuis deux ans pour reconstruire les pierres de cette architecture typée, sous l'oeil attentif de Pierre qui, de metteur en scène, est devenu architecte. C'est lui qui dirige tout, et il sait ce qu'il veut ! Il déclare s'être ruiné. Et témoigne : même la DRAC, la Direction Régionale d'Action Culturelle, ne connaissait pas cette maison... Pierre Della Torre a tout refait, sans aides, lui qui souhaitait mettre les façades à nu alors que le Haut Pays Languedoc et Vignobles lui recommandait de les enduire. Historiquement, deux architectes du Patrimoine qui se sont rendus sur les lieux affirment que la maison daterait du Moyen âge, mais qu'elle aurait été modifiée au fil du temps. Les recherches de documents s'avérèrent vains, à l'instar de toute l'histoire du village, qui en fait cruellement défaut. Seul un vieil acte d'achat a été déniché, datant de 1850. Pour le reste, ce sera hypothèses et suppositions.

 

Né à Paris en 1933, installé à Saint-Maur, en banlieue parisienne, dans les années 1960 puis à Aspremont, un village non loin de Nice, en 2010, Pierre della Torre aura voyagé avant de se poser provisoirement à Puimisson pendant quatre ans et de trouver fortuitement une maison à vendre à Saint-Gervais. Ce sera celle-là, dont ne ne peut que tomber amoureux.

 

La visite est longue, dans ce dédale de pièces rénovées ou encore à rénover, de cartons non déballés. Un chat n'y retrouverait pas ses petits, alors comment fait le chien présent sur les lieux pour ne pas se perdre dans ce labyrinthe ? Autour de la table, Pierre della Torre est intarissable. Les histoires, anecdotes, souvenirs, resurgissent. De ces années de comédien et de metteur en scène évidemment, où il a rencontré et travaillé avec tant et tant d'artistes (de Girardot à Belmondo en passant par Galabru, Rochefort, Marielle, etc.). A chaque représentation -que ce soit en 2001 au théâtre de Saint-Maur ou 2012 au festival Off d'Avignon-, les journaux lui offrent des critiques dithyrambiques. Du Monde au Figaro, du Parisien à l'Humanité, on y loue « cet homme extraordinaire ».

 

Pierre Della Torre a  ressorti ses classeurs de photos, d'affiches, de textes, de dédicaces. Des années de galères, comme beaucoup. Parce qu'il y a eu un avant, ces années de bohème et de petits troquets. Puis il joue Le Chandelier, une pièce d'Alfred de Musset, avec notamment Danielle Darrieux. Il est acteur dans de nombreux théâtres parisiens, apparaît ensuite aux côtés de Jean-Louis Barrault, dans La Tête d'Or de Claudel. Nous sommes en 1960 quand il débute avec la mise en scène et un hommage à Molière. C'est la consécration. Il délaisse alors les feux de la rampe pour se consacrer uniquement à la mise en scène. A Saint-Maur, il enseigne le théâtre et fonde le théâtre du Val de Marne, qu'il dirige pendant quarante ans. Un théâtre qui, de régional, aura une carrière nationale et même internationale.Il y programme plusieurs fois un autre homme à la crinière blanche, encore un Grand, celui-là : Léo Ferré ! En 2001, l'heure de la retraite sonne, mais peut-on être « à la retraite » quand on est artiste ? Il déclare : « Aujourd'hui, j'écris surtout des poèmes ».

 

Quand on entre dans l'intimité de l'artiste, il se fait plus discret, comme pour cacher un destin qui a été cruel avec lui mais qui lui a donné, et tant donné. « Qui ne tue pas rend plus fort »... Passionné par le théâtre dans sa totalité, il déclare : « J'ai été un constructeur, un guetteur, un fouilleur », ajoutant : « La passion m'a inspiré toute la vie ».

 

On quitte Pierre della Torre après des heures de conversation, et on en sort abasourdi. « D'ici un an, je serai à nouveau acteur et interprète ». Il l'a promis : il y aura bien une fête, dans ces lieux, et même un spectacle. Les habitants y seront tous conviés, avec une reconnaissance toute particulière à ceux des hameaux de Cours et de Compeyre, qui ont été contraints de faire un petite détour à cause d'une rue barrée pendant les longs travaux de rénovation ! Vivement l'an prochain.

 

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Published by Bruno Bousquet
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